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Le Châtenet, Juillet 1973. Le ciel s'obscurci rapidement, les grondements d'un orage prochain s'amplifièrent, déjà fumaient les cheminées de tout le hameau, un orage s'annonçait, c'était un usage, pour éloigner la foudre dans le Périgord vert.
Nous venions de nous installer dans une petite maison que nous avions acquis l'année précédente, depuis trois jours nous couchons avec François sous la tente plantée dans un espace dégagé du terrain, l'habitation inoccupée depuis quinze ans était pleine de bois. Nous avions été bien accueillis, les habitants étaient contents de voir une maison à nouveau occupée, avec gentillesse, certains sont venus nous donner qui un coup de main pour faucher le terrain. J'avais acheté une faux mais je m'en servais trop maladroitement. Un autre nous mis une remorque agricole devant l'entrée pour y mettre le fouillis qui était là depuis le départ de la propriétaire, Elizabeth, mais on l'appelait " Zely " Deux ans auparavant, lassés de l'ambiance des terrains de camping, un instituteur de Méru, une vieille connaissance, natif de ce pays, nous avait proposé d'installer notre caravane sur un terrain qu'il avait hérité de ses parents, ce fut une découverte, une plongée dans un autre monde. Une petite communauté ou le travail se faisait souvent en commun, au moment de la moisson, l'ensemble des cultivateurs, dont chaque récolte était minime, sur de petites surfaces, ils louaient une moissonneuse-batteuse et ensemble la moisson se faisait dans les meilleures conditions avec à la fin un repas comme on savait le faire en Périgord.
Il se pratiquait aussi le troc, après la récolte du blé chacun livrait quelques sacs au boulanger qui lui livrait le pain tout au long de l'année, pareil avec l'éleveur de mouton qui portait la laine lavée à la carderie, contre des vêtements de laine… Système qui fut après vite interdit, et la TVA alors ! L'hiver au moment de faire la provision de bois de chauffage, un bûcheron venait aider le propriétaire et recevait la moitié du bois abattu pour son usage personnel. C'est ainsi que nous allons commencer à s'installer plus confortablement, pas d'eau courante, il fallait aller au puits communal et pour une grand toilette descendre à " Clupeau " ou une chute d'eau qui alimentait ancien moulin avait formé un petit plan d'eau très claire qui nous permettait de se baigner et faire quelques ablutions. Les démarches pour obtenir un raccordement au réseau d'eau courante avaient été très simples et le lendemain les ouvriers étaient au travail, de même pour le branchement au réseau électrique, une visite au bureau d'EDF, un technicien en déplacement appelé par radio avait le temps et le matériel pour le faire, il était déjà en place avant notre retour, le branchement existait déjà, il n'y avait qu'a poser un compteur. Tout paraissait facile et les services faits avec le sourire, pas de précipitations le travail se déroulait tranquillement et souvent avec une pause pour discuter ensemble. Après une installation plus que rustique, la cuisine n'était pas installée, nous n'avions que notre matériel de camping, C'est sous le hangar attenant que nous préparions nos repas, hangar qui servait de remise a tout le monde, il y avait deux charrettes et une Renault Dauphine. Pour se procurer des victuailles il y avait au chef lieu de canton de nombreux commerces, un petit super marché, et surprise un magnifique marché le jeudi, quel plaisir de voir et d'acheter tous ces produits des maraîchers proches avec des étals riches de légumes, de fruits de saison, de produits du terroir, on dirait maintenant " bio " et d'autres choses tout naturellement de qualité. Les bouchers du bourg vendaient aussi de la viande de provenance toutes proches.
Le vendeur de notre petitemaison habitait juste en face, c'était un garçon originaire du chef-lieu de canton, qui venait pour les beaux jours séjourner ici, il était marié avec une institutrice, elle aussi originaire du même bourg, ils nous ont bien aidé à nous faire connaître les bons endroits ou trouver les marchandises et les artisans pour restaurer la maison. Depuis ce premier séjour, dès que nous avions quelques jours vacants, nous filions " au pays " pour y faire quelques travaux urgents, les fournisseurs étaient agréables mais jamais pressés ! Prenant le temps pour chaque travail et pour nous une leçon de vivre. Petit à petit, en fonction de nos congés, vacances, cinquième semaine ou ponts, la maison, tout en gardant le caractère rustique, est rendue plus confortable.
La salle d'eau est construite avec l'aide du frère de mon épouse, maçon de son état, avec douches et toilette chimique, indispensable car nous n'avions pour une toilette sérieuse que la retenue d'eau d'un ancien moulin sur l'Auvézère. Le terrain s'aménage lentement, avec l'aide d'un voisin que tout le monde appelait Cageot ! C'était la coutume de donner des surnoms ou des diminutifs, tous les anciens parlaient le patois plus ou moins occitan, ainsi " pétarou " pour parler d'une mobylette.. charettou, pour une petite charrette… etc. Peu à peu nous lions de solides amitiés avec les voisins, le hameau était peu habité et de nombreuses habitations étaient sans occupants, les plus jeunes se réunissait en fin de journée sur le mur d'une petite ferme, puis la nuit venue se retrouvaient dans une maison vide pour des parties de cartes, François, notre fils s'était lié d'amitié avec un garçon de son age le seul de cette famille d'agriculteurs à être resté au pays et préparait un diplôme pour continuer le travail à la ferme. La maison se composait de deux pièces d'une superficie totale de 72 m2, avec une grande cheminée, mais aussi d'un grenier de la même superficie que je projetais de rendre habitable. Pour la toiture, qui était en mauvais état, je fis appel à un artisan couvreur qui avait œuvré chez le voisin, a peu près hors d'eau sans "gouttières" c'est ainsi que l'on nomme les fuites, du toit. Le seul accès à cet étage était une échelle avec une trappe qu'il fallait refermer avec bien du mal. Mon épouse manifeste son désir de faire poser des " loubiers " un genre de chien assis, ce qui permettrait d'avoir de la lumière et de commencer l'aménagement, après inventaire. C'est un charpentier de Cuba, (en France) qui va faire les travaux, je lui fournirais les fenêtres que j'ai acheté chez Lapeyre, de façon à avoir ce que je veux, matériau et dimensions.
Côté rénovation après avoir restauré un bâtiment qui devait service à élever des cochons, nous entreprenons la restauration d'un fournil avec four pain attenant, beaucoup de travail l'urgence était de mettre hors d'eau le bâtiment. Ce travail d'aménagement du petit fournil que nous avions, commença par la reconstruction d'un pignon et la couverture, à l'intérieur je pose du lambris sous le toit et fait les joints entre les pierres et pose deux fenêtres dans les ouvertures d'origine, je répare la porte et pose une serrure. Ces aménagements commencent dans les années 80, la réfection des joints me prend beaucoup de temps, j'y travaille à chaque pont, cinquième semaine et congés d'ancienneté au travail.
Nous avions voulu planter un tilleul dans la cour pour nous donner de l'ombre dans l'avenir, je fais appel à Cageot ( Roger) qui trouve une bouture et se charge de la plantation. Roger était très serviable, aussi j'essayais aussi de lui rendre la pareille. Sa mère Clémence m'avait demandé de réparer son fer à repasser électrique, elle avait le cordon, il ne me restait qu'a le poser, ce qui est fait en quelques instants, le lendemain elle nous apporta un lapin dépouillé prêt à cuire. Son fils Roger était aussi très complaisant, avant qu nous nous équipions en matériel pour tonde le terrain, c'est lui, qui à la faux entretenait celui-ci. Un autre célibataire, qui vivait apparemment aux crochets de ses parents rendait quelques services quand nous avions besoin de tuiles pour les premiers travaux. Il nous proposa d'aller à un village voisin ou il y avait une tuilerie et de nous faire le transport, mais sa remorque était chargée en paille et il nous demanda de la vider avant de partir, le parcours fut épique, il ne regardait que rarement devant lui, enfin un pneu de la remorque creva en route ! On l'appelait " Friscot ", avec " Cageo ", ils formaient un sacré binôme, serviables, appréciant le bon vin, se fâchaient quelques fois après un libation trop abondante, puis se réconciliaient autour d'un autre verre. Ils étaient toujours volontaires pour un coup de main. Nous souhaitions mettre trois pieds de vignes le long du mur sud, c'est Roger qui se charge de faire des boutures de vigne, " Baco ", un cépage jadis destiné à faire du vin. Fatigués de gérer la pousse de l'herbe dans le terrain, nous achetons une machine faucheuse à moteur thermique, qui sert bien, mais le sol est chaotique et l'opération délicate Dans ce terrain il reste un mur de pierres sèches ruine d'une ancienne construction, pendant un petit séjour le ont du premier mai, nous construisons un mur qui va fermer la (maigre) propriété côte Nord, monté en pierres sèche à l'ancienne. Petit à petit nous nous accoutumons aux usages du pays, le confort et la rénovation évoluent au gré de notre temps disponible, aménagement du grenier avec plafond en frise de châtaigner, murs en placoplâtre, cela dure longtemps, fournil arrière en pièce habitable, plantations : vigne, rosiers semi de pêcher de vigne, plantes aromatiques, daturas, poirier, grenadier avec une bouture, olivier, passiflore… La nature a fait que le terrain est riche en pruniers sauvage qui se sont reproduis seul, beaucoup on été coupés, mais chaque année il y a beaucoup de prunes à ramasser, quoi en faire ? une tarte de temps en temps... Un idée me vient, un petit cousin s'est fabriqué un petit alambique, pourquoi pas moi ! je récupère un cocotte minute de collectivité, je remplace la soupape de sécurité par un thermomètre plongeant issu d'une chaudière de chauffage central. Les vapeurs sortiront par le trou du sifflet, il faut un refroidisseur, un serpentin en cuivre de plomberie est vite fabriqué, le tout sera installé dans un grosse boite de conserve de cinq kilos. Essai, et ça marche ! Et chaque année nous avons quelques bouteilles d'eau de vie de prunes qui sont souvent distribuées aux amis de qualité m'a-t-on dit. Avec l'aide de mon fils et mes deux petits-fils nous améliorons le garage qui lors de l'achat n'était qu'un hangar, construction de murs en parpaings, construction d'une porte, afin de sécuriser le matériel qui y est entreposé, enfin remplacement de la couverture en tôles par de la tuile.
Le chauffage, avec la cheminée se révèle fastidieux et trop localisé aux abords de cette cheminée, j'ai un projet construire une plaque creuse dans laquelle serait logé un serpentin en cuivre, puis installation de radiateurs (de récupération ) et établir un circuit de chauffage à eau chaude dans les trois pièces du ré de chaussée, le tout préparé en un an, et ça marche !
L'équipement de la salle d'eau étant actif, sauf les toilettes, au début nous avions installé un système chimique avec évacuation dans un petit puisard. Cette installation laissait à désirer, aussi nous décidons d'investir dans une installation complète et agrée, notre fils François enseignant fait un stage sur ce genre d'installation à la CAMIF, ainsi nous sommes informé sur la manière d'opérer pour être " aux normes". Un dossier est monté et transmis à l'autorité compétente, au moment d'entreprendre les travaux pas de réponse, une visite à la DDE et je reviens avec l'autorisation. Notre voisin et grand copain Roger dit Cageot nous indique un artisan compétent, le travail est vite effectué avec notre collaboration. Et pour notre grand plaisir tout fonctionne bien avec une fosse toutes eaux. Notre confort est bien amélioré.
Le terrain, maintenant bien nivelé, nous permet d'avoir un " green " bien agréable, l'achat d'une petite moto-faucheuse nous permet un entretien plus aisé. Nous procédons à la plantation avec des rejets ou des marcottages de nombreuses espèces de plantes : poirier, lilas, datura, fortifia, pommier du japon et aussi par semi, noyer, pêcher, qui vont être productifs assez rapidement. Avec les fruits que nous offre la nature, mûres nous faisons de très goutteuses gelées à l'aide d'un extracteur de jus à vapeur. Lors de notre arrivée, on nous a conseillé un plan d'eau propice à la baignade et aussi à la pêche, alimenté par un cours d'eau, ou un moulin était utilisé pour laver la laine des moutons élevés dans la région, nommé la " carderie" ou la retenue d'eau offrait un bon espace pour se baigner. Puis nous avons connu, près d'Hautefort l'étang du " coucou " fort apprécié pour les petites plages d'où on pouvait faire des belles nages jusqu' à la rive opposée. Par la suite une piscine de plein air fut construite au chef lieu de canton, avec vue sur le château d'Excideuil et un certain confort moderne.
Longtemps inhabitée, une habitation contiguë se trouve maintenant occupée. A notre arrivée un début d'une période de beau temps comme c'est la coutume depuis notre retraite, devant l'entrée arrière un tas de sable nous barre le chemin, je me présente au nouveau propriétaire, c'est une dame , d'un certain age qui m'accueille, et me souhaite le bonjour en anglais je lui répond dans cette langue, elle appelle son compagnon en lui précisant que je parle anglais, en fait ma connaissance de cette langue est très limitée, je lui fait comprendre que notre entrée est impraticable, il s'excuse très poliment et entreprend de déplacer le sable, à la brouette aussitôt. ! La Dordogne est appréciée par nos voisins d'outre Manche car elle à été longtemps une possession anglaise (guerre de cent ans) En arrivant au pays il fallait comprendre le patois encore parlé par les anciens, maintenant, il va falloir perfectionner mon anglais et notre voisin Bob et son épouse Sheila s'y emploie et nous devenons très amis. Ils font appel à une professeur pour apprendre notre langue, mais elle commence par la grammaire française alors qu'ils demandent du vocabulaire verbale. Depuis le hameau voit arriver d'autre hôtes venus d'ailleurs, de Grande Bretagne des Pays Bas, et qui restaurent ou construisent en conservant le caractère des habitations d'autrefois, avec une piscine en plus, mais très discrète, tous des voisins très agréables sans être obséquieux Petit à petit, notre modeste chaumière devient plus confortable. Pendant la belle saison, les murs épais d'un mètre, faits de pierre et d'argile nous assurent une maison fraîche, elle nous préserve des chaleurs caniculaire. Si nos voisins changent presque tous, les petites exploitations agricoles disparaissent, seul un jeune, de l'âge de notre fils François continue à faire de l'élevage et le travail de la terre. L'épouse de Bob disparaît pendant l'hiver et Bob repart outre manche, ils seront remplacés par d'autre britanniques, des jeunes, moins familiers, mais très " fair play ". Un autre voisin qui ne tolère pas les étrangers est vite remplacé par un couple de gens très agréables et serviables. Depuis que nous sommes " en roue libre " nos séjours de six mois chaque année nous font le plus grand bien, dans tous les domaines, Moral, santé par une alimentation comme avant, pas de pollution, nuits calmes tant que les nuages porteurs de misère nous épargneront ce sera ainsi. J.G |